Étape 2 : la pluie en animatrice du jour
Raphaël Astier et Denis Giraudet (Porsche 911 RS n°10) ont signé le meilleur temps des quatre spéciales de cette deuxième étape, entre Calvi et Lucciana. Au soir d'une journée marquée par la pluie, ils comptent 34 secondes d'avance sur Tom et Tristan Pieri (BMW M3 n°12). Yoann Bonato et Benjamin Boulloud (Lancia Delta HF Integrale n°6) se hissent au 3e rang après une folle remontée, devant Julien Saunier et Frédéric Vauclare (Renault 5 Maxi Turbo n°2), piégés dans la dernière spéciale.

Compétition
Le Tour de Corse Historique a changé de dimension ce mercredi. Entre Calvi et Lucciana, 98,3 km chronométrés attendaient les concurrents, soit près de quatre fois le kilométrage de la veille, dont trois spéciales de plus de 25 km à travers la Haute-Balagne, la vallée de la Casaluna et la Casinca. Et la pluie s'est chargée de corser l'affaire. Présente toute la journée, elle a transformé les routes en pièges permanents, avec des conditions changeantes d'une spéciale à l'autre. Le choix des pneus est devenu un casse-tête à chaque départ, et la moindre erreur se payait cash. Sur ces routes détrempées, il ne s'agissait plus seulement d'aller vite, mais de rester sur la route : une véritable course de survie.
Dans ce piège, Raphaël Astier n'a laissé que des miettes à ses adversaires. Associé à Denis Giraudet, le pilote de la Porsche 911 RS n°10 a remporté les quatre spéciales du jour. Dans Bocca Capanna - Pietralba, il devance déjà les Pieri de 10 secondes, puis de 16 secondes dans Aïti - Santa-Lucia-di-Mercurio. Son avance atteint désormais 34 secondes. Une performance d'autant plus remarquable qu'il découvre à la fois le Tour de Corse Historique et une Porsche à boîte manuelle. Sans aucune mémoire visuelle des routes, il roule « à la note absolue », en gardant une marge. Et même en levant le pied, l'équipage s'est fait surprendre à plusieurs reprises.
Tom et Tristan Pieri (BMW M3 n°12) restent ses plus proches poursuivants, toujours à la 2e place pour chacune des spéciales du jour. Ils ne concèdent que 3 secondes dans la section Barchetta - Penta di Casinca détrempée, avec une M3 « qui ne faisait que patiner » sur le mouillé.
La journée a été plus contrastée pour Julien Saunier et Frédéric Vauclare (Renault 5 Maxi Turbo n°2). Auteurs du 3e temps des trois premières spéciales, ils ont perdu 1'50 dans la dernière, où ils s'étaient élancés avec des pneus slicks à l'arrière, suite à deux crevaisons consécutives. Dans la journée, ils cèdent la 3e place à Yoann Bonato et Benjamin Boulloud (Lancia Delta HF Integrale n°6). Le sextuple champion de France a su tirer parti de sa transmission intégrale. Avec Didier Auriol (Lancia Delta n°3), il est le seul des pilotes de tête à disposer de quatre roues motrices, un atout décisif sur des routes détrempées, notamment à la réaccélération. Pendant que les propulsions luttaient pour passer la puissance au sol, les deux Lancia ont pu attaquer davantage. Auriol, lui aussi, en a profité pour signer le 4e temps de la dernière spéciale.
Derrière, Thomas Argenti et Meryl Giraldo (BMW M3 n°8) et Maxime Rizzo et Enzo Mahinc (Porsche 911 RSR n°250) se tiennent en 9 secondes, à plus de 4 minutes du leader. Christophe Casanova et Stéphane Delleaux (Porsche 911 RS n°4) suivent. Didier Auriol et Fabrice Gordon (Lancia Delta n°3) ont perdu plus de 3 minutes dans Aïti - Santa-Lucia-di-Mercurio, avant de signer le 4e temps de la dernière spéciale. Ils pointent au 10e rang. François et Priscille Delecour (BMW M3 n°7) sont, eux, hors jeu : une erreur d'itinéraire en liaison, suivie d'une panne d'essence, les a lourdement pénalisés ce matin. Le vainqueur du Tour de Corse 1993 a néanmoins signé le 5e temps de la dernière spéciale.
Raphaël Astier (Porsche 911 RS n°10) : « On est contents, on se met bien avec la voiture et on découvre des choses au fur et à mesure. Aujourd'hui, on a eu plein de conditions différentes, avec des pneus variés selon les spéciales. Il fallait gérer des zones délicates : même en y allant tranquille, on s'est fait surprendre quelques fois. Il ne faut pas oublier que c'est une vieille voiture. Au départ, on n'avait pas de référence, on est partis au feeling ; maintenant, on sait un peu mieux où on se situe. Car en Corse, on ne sait jamais où on est, il faut rouler à la note absolue. Si tu es mal noté, tu peux vite te faire piéger par un virage qui se referme. Alors pour la suite, on va garder un rythme soutenu, mais avec une marge. »
Tom Pieri (BMW M3 n°12) : « La dernière spéciale était très, très compliquée, avec des conditions vraiment glissantes : on avait l'impression d'être sur la neige ! J'ai essayé de m'appliquer, de ne pas trop glisser et de réaccélérer bien droit. On a essayé de se battre avec Raphaël Astier dans des conditions très difficiles pour un Tour de Corse, mais ça fait partie du rallye. Sans rien enlever à sa performance, avec le moteur à l'avant et peu de poids à l'arrière, la M3 ne fait que patiner : quand c'est mouillé, c'est l'enfer. Sur le sec, elle est beaucoup plus performante et équilibrée. Le rallye est encore long, il ne va pas falloir s'endormir. »
Yoann Bonato (Lancia Delta HF Integrale n°6) : « Les conditions n'étaient pas simples, mais on a toujours mis les bons pneus, on a été bien conseillés. On s'est régalés dans la voiture sous la pluie ! Dans les sorties de virages lents, la transmission intégrale nous aide forcément, mais la voiture est un peu lente à repartir, il faut qu'elle se lance. On arrive à se mettre de belles petites glisses, et c'est bien là le principal. Ici, on est au bout de ce qu'on peut faire avec ce qu'on a, mais il y a moyen de faire bien mieux. »
Julien Saunier (Renault 5 Maxi Turbo n°2) : « Nous avons eu 2 crevaisons dans la journée. Dans la dernière spéciale, nous sommes partis avec des pneus pluie à l'avant et des slicks à l'arrière, alors j'ai été ultra prudent. Ça glissait énormément : les roues arrière patinaient jusqu'en 5e ! »
Classement VHC
Astier / Giraudet (Porsche 911 RS n°10) en 1h19'27''
Rizzo / Mahinc (Porsche 911 RSR n°250) à 4'11''
Casanova / Delleaux (Porsche 911 RS n°4) à 5'10''
Classement scratch
Astier / Giraudet (Porsche 911 RS n°10) en 1h19'27''
Pieri / Pieri (BMW M3 n°12) à 34''
Bonato / Boulloud (Lancia Delta HF Integrale n°6) à 2'19''
Régularité
Au soir de cette deuxième étape, la hiérarchie de la Régularité s'est nettement dessinée. Sur quatre ZR dont la difficulté est allée crescendo, les équipages les plus expérimentés ont fait la différence : le trio de tête compte désormais plus de 6 secondes d'avance sur ses poursuivants. Christophe Baillet et Jean-Marc Piret (Porsche 911 n°332) restent aux commandes, avec 14,6 secondes de pénalités. Constants toute la journée, ils ont conclu en remportant la ZR 6, Barchetta - Penta di Casinca, véritable juge de paix de la journée, où la qualité de la navigation a pesé lourd.
La remontée du jour est signée Yves Deflandre et Jennifer Hugo (Porsche 911 n°330). 10e hier soir, les tenants du titre ont bouclé la ZR 4, Bocca Capanna - Pietralba, sans la moindre pénalité, avant de prendre la 2e place de la ZR 5. Ils pointent désormais au 2e rang, à 3,1 secondes. Vainqueurs de la ZR 3, Speloncato - Pioggiola, Jean-François Nicoules et Jérôme Dupard (Ford Escort RS 2000 n°414) reculent d'une place et complètent le podium provisoire, à 5,2 secondes, devant Alexandre Merle et Pascal Fouchy (Porsche 911 n°369).
Toute la journée, la même question a agité les équipages : pneus pluie ou slicks ? La pluie n'est finalement apparue que dans le final de la ZR 6 pour les leaders, en sous-bois. Restés en slicks, Nicoules et Dupard sont passés entre les gouttes sur les trois quarts du parcours, avant de se retrouver sur une véritable patinoire dans les derniers kilomètres, comme la plupart des derniers partants. Lourdement pénalisés dans cette dernière zone, François Nicoules et Antoine Grouillard (Renault Alpine A110 1600 S n°428) reculent au 15e rang, mais restent leaders de la Moyenne Modérée.
La journée a été cruelle pour Kenneth Simonsen et Otto Kristensen (Lancia Fulvia HF n°497), leaders de la Moyenne Basse au départ, lourdement pénalisés dans la ZR 5. Nicolas et Philippe Loens (Morris Cooper S n°487), vainqueurs de la ZR 5, prennent le relais dans cette moyenne et pointent au 10e rang du général. En Moyenne Haute, Thomas Enghof et Franziska Mohr (Toyota Celica n°326) passent en tête.
Jeudi, la troisième étape entre Lucciana et Propriano s'annonce déjà décisive. Elle s'ouvrira au sud de Bastia par la zone du Pont de l'Enfer, Taglio Isolaccio - Talasani - Sainte-Lucie-de-Moriani (14 km), très sinueuse et entièrement en sous-bois. Suivra le morceau de bravoure du rallye : Chiatra - Feo, 40,8 km, la plus longue épreuve du Tour.
Christophe Baillet (Porsche 911 n°332) : « La difficulté est montée au fil de la journée, avec des zones très dynamiques et des conditions pas évidentes : c'est le Tour de Corse Historique dans toute sa splendeur. Demain, la première ZR sera sans doute la plus belle et la plus dure : sous-bois en permanence, ça tourne beaucoup. Puis il y aura le monument, Chiatra - Feo : 40 km qui finissent à l'intérieur des terres. Là, ça va faire des écarts qui ne seront plus récupérables pour certains. »
Yves Deflandre (Porsche 911 n°330) : « Les deux premières zones étaient un peu lentes à mon goût, mais la dernière du jour était bien rythmée. Hier, j'avais perdu l'arrière dans une épingle, juste avant une prise de temps : 2 secondes envolées, sans quoi nous serions presque à égalité avec le leader. Ce soir, je pense que nous avons fait le trou sur les autres équipages qui jouaient devant. L'expérience commence à parler. »
Jérôme Dupard (Ford Escort RS 2000 n°414) : « Dans la dernière zone, nous sommes passés entre les gouttes sur les trois quarts du parcours, mais la pluie nous a rattrapés dans la dernière partie. Comme nous étions restés en slicks, c'était une vraie patinoire : c'est devenu une course de drift ! Nous avons limité les dégâts face aux champions qui sont devant nous. Et en tête du classement, au milieu des Porsche, il y a une Ford Escort RS 2000 : une anomalie pour certains, une façon de diversifier le palmarès pour d'autres ! »
Classement général Régularité
Baillet / Piret (Porsche 911 n°332) : 14,6 s
Deflandre / Hugo (Porsche 911 n°330) à 3,1 s
J.-F. Nicoules / Dupard (Ford Escort RS 2000 n°414) à 5,2 s
Leaders par moyenne
Haute : Enghof / Mohr (Toyota Celica n°326)
Intermédiaire : Baillet / Piret (Porsche 911 n°332)
Modérée : F. Nicoules / Grouillard (Renault Alpine A110 1600 S n°428)
Basse : Loens / Loens (Morris Cooper S n°487)






