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Chiatra - Feo, le juge de paix

il y a 2 heures
8 min de lecture

Raphaël Astier et Denis Giraudet (Porsche 911 RS n°10) ont fait la différence dans Chiatra - Feo, la plus longue spéciale du rallye, et comptent 1'46 d'avance sur Tom et Tristan Pieri (BMW M3 n°12) à mi-parcours. Derrière eux, cette 3e étape entre Lucciana et Propriano a fait de nombreuses victimes : Didier Auriol, Maxime Rizzo, Christophe Casanova, les Delecour et les Fassio ont tous connu une journée noire. En Régularité, Christophe Baillet et Jean-Marc Piret (Porsche 911 n°332) ont été les plus précis et portent leur avance à 5 secondes.



Compétition


Entre Lucciana et Propriano, cette 3e étape traversait l'île de la côte orientale au golfe du Valinco. Elle s'ouvrait au sud de Bastia par le Pont de l'Enfer, Taglio Isolaccio - Talasani - Sainte-Lucie-de-Moriani (ES7, 14 km), qui passe par le village de Talasani, cher aux puristes, avant de plonger vers Moriani. Sur une route « moitié sèche, moitié grasse, moitié humide », Tom et Tristan Pieri (BMW M3 n°12) ont lancé la journée par le meilleur temps, 4 secondes devant Yoann Bonato et Benjamin Boulloud (Lancia Delta HF Integrale n°6) et 5 devant Raphaël Astier et Denis Giraudet (Porsche 911 RS n°10). L'écart en tête retombait à 29 secondes, et le duel promettait. Un renversement de situation ?


Venait ensuite le monument du rallye : l'ES8 de Chiatra - Feo, 40,8 km, par Matra et son église Saint-Bernardin-de-Sienne. Son maintien est longtemps resté incertain, le violent orage de la veille ayant privé plusieurs habitants d’électricité. « On aime la faire cette spéciale, confiait Didier Auriol avant le départ. Ce sont des routes typiquement corses, comme on pouvait en trouver dans les années 90. » L'organisateur José Andreani la présentait comme « le juge de paix du rallye, s'il devait y en avoir un », et prévenait : « À la fin, les pilotes auront un peu souffert, même s'ils vont se régaler. » Il a fallu 28'34 à Raphaël Astier pour en venir à bout : près d'une demi-heure d'effort continu, dans des voitures à boîte en H, souvent dépourvues de direction assistée, le spectacle fut sublime.


C'est là que le rallye a basculé. Sur une route finalement sèche en majorité, Raphaël Astier a donné une leçon : 86 km/h de moyenne, 42 secondes d'avance sur Thomas Argenti et Meryl Giraldo (BMW M3 n°8), 44 sur Julien Saunier et Frédéric Vauclare (Renault 5 Maxi Turbo n°2), pourtant ralentis par une jante fissurée, et 53 sur Bonato. Seulement 5e, les Pieri y ont cédé 1'10, victimes d'une crevaison. En une spéciale, l'écart en tête est passé de 29 secondes à 1'39.


Chiatra - Feo a aussi fait des victimes, à commencer par les deux équipages qui entouraient Astier sur le podium VHC au départ de Lucciana. Christophe Casanova et Stéphane Delleaux (Porsche 911 RS n°4) ont été trahis par leur boîte de vitesses : ils repartiront vendredi sous le régime du Super Rallye. Maxime Rizzo et Enzo Mahinc (Porsche 911 RSR n°250) ont, eux, cassé un radiateur d'huile. François et Priscille Delecour (BMW M3 n°7), 5e de l'ES7, n'ont pas non plus rallié l'arrivée. La famille Fassio, elle, avait déjà vécu une fin de matinée difficile. Leader des 3 premières étapes l'an dernier, Bertrand Fassio (Porsche 911 RS n°9), ralenti par une crevaison mercredi, a renoncé ce jeudi matin. Son fils Matthieu (Porsche 911 RS n°1), 8e au départ, est sorti de la route dès l'ES7. Pris en charge à l'hôpital de Bastia, il va bien.


L'après-midi a mené les rescapés au cœur de l'île, sous des averses très localisées qui ont transformé chaque choix de pneus en pari. Après 6 km de montée, la descente du col de Sorba vers Ghisoni (ES9) s'est courue sous la pluie, sur une route jonchée d'aiguilles de pin. « Il fallait suivre quelques traces par endroits », raconte Astier. Saunier y a perdu la suralimentation de sa R5 Maxi Turbo. Puis Ghisoni - Fischer (ES10, 29,2 km), toujours sous la pluie, a refermé la journée par le col de Verde et ses 1 289 mètres. Elle a été fatale à Didier Auriol et Fabrice Gordon (Lancia Delta n°3), sortis de la route. Le champion du monde 1994 va bien.


Au soir de l'étape, à mi-parcours du rallye, Astier compte 1'46 d'avance sur les Pieri. Bonato reste 3e, à 3'23, devant Saunier, à 4'02, et Argenti, à 5'41.


Raphaël Astier (Porsche 911 RS n°10) : « Une bonne journée pour nous dans l'ensemble. La première spéciale n'a pas été simple, il n'y avait pas énormément de grip, donc on a fait un peu attention. La spéciale longue était sèche, c'était sympa, et les deux dernières sous la pluie : encore un mélange de conditions. Pour la météo, on fait confiance à beaucoup de monde autour de nous, des gens au bord des spéciales, l'équipe qui regarde les radars. Mais en Corse, avec des averses très localisées, c'est difficile de faire le choix parfait. Notre avance permet de voir les choses un peu plus sereinement, mais il faut faire attention. Le parcours est tellement long qu'on n'a plus de mémoire visuelle : la note est ultra importante, et comme on n'est jamais passé ici, on reste un peu sur la défensive, de peur d'avoir surnoté un virage qui se referme. »


Tom Pieri (BMW M3 n°12) : « C'est un Tour de Corse Historique qui restera dans les annales, parce que c'est un casse-tête incessant. On a perdu beaucoup de temps dans Chiatra - Feo. Maintenant, on est au milieu de rien : devant, c'est loin, derrière, c'est loin, donc on a juste roulé pour se faire plaisir. C'était très, très piégeux, avec des aiguilles de pin partout. Finalement, il y avait du grip, mais ça faisait très peur. La descente sous la pluie, dans les aiguilles de pin, c'est un vrai Tour de Corse ! »


Julien Saunier (Renault 5 Maxi Turbo n°2) : « Il y avait un très bon grip, on était bien partis. Mais cette année, toutes les spéciales nous font des misères : on a eu une jante fissurée dans Chiatra - Feo, et dans l'ES9, on n'avait plus de suralimentation, soit le turbo, soit une fuite. Mais on s'amuse bien, le plaisir avant tout ! »


Classement VHC

  1. Astier / Giraudet (Porsche 911 RS n°10) en 2h28'41''

  2. Guignard / Collinet (Renault 5 Tour de Corse n°35) à 14'18''

  3. Vivier / Garcia (Renault R5 Turbo n°28) à 15'19''


Classement scratch

  1. Astier / Giraudet (Porsche 911 RS n°10) en 2h28'41''

  2. Pieri / Pieri (BMW M3 n°12) à 1'46''

  3. Bonato / Boulloud (Lancia Delta HF Integrale n°6) à 3'23''

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Régularité


Sous les châtaigniers du Pont de l'Enfer, dans les lacets mouillés qui montent vers Matra, puis à travers les pins laricio de Ghisoni, Christophe Baillet et Jean-Marc Piret (Porsche 911 n°332) ont roulé ce jeudi en maîtrise, du premier au dernier kilomètre. Vainqueurs de la ZR 7, ils ont traversé les 40,8 km de Chiatra - Feo (ZR 8) avec un seul dixième de seconde de pénalité sur 16 points de chronométrage, puis bouclé la ZR 9 sans la moindre pénalité. Leur bilan du jour tient en 2,6 secondes, et leur avance passe à 5 secondes sur Yves Deflandre et Jennifer Hugo (Porsche 911 n°330). « Christophe était vraiment bien éveillé aujourd'hui, reconnaît Deflandre. Ça s'est joué à quelques points dans chaque zone, mais toujours dans son sens. »


La dernière zone, elle, a souri à un nom que la Corse connaît bien. Sur les 29 km de Ghisoni - Fischer (ZR 10), par le col de Verde, Bruno Saby et Christophe Marques (Porsche 911 SC n°356) n'ont pris que 1,1 seconde de pénalité, mieux que tout le monde. 40 ans après sa victoire au Tour de Corse 1986, au volant d'une Peugeot 205 T16, Bruno Saby signe sa première victoire de zone de la semaine. Plus tôt dans la journée, il avait laissé 7 secondes au dernier point de chronométrage de Chiatra - Feo. Il pointe ce soir au 8e rang, à 20 secondes de Baillet.


Sur des routes détrempées et tapissées d'aiguilles de pin, la direction de course a abaissé les moyennes de 3 à 5 km/h selon les zones, pour des raisons de sécurité. Une leçon tirée de la veille : dans la ZR 6, la pluie avait surpris les premiers partants avant de tourner au déluge pour les suivants, au point d'entraîner l'annulation de la zone. Ces conditions ont aussi rappelé la difficulté de la Moyenne Haute. « Dans une épingle, ce n'est pas parce que vous roulez en moyenne haute que vous pouvez passer plus vite, explique Deflandre, qui a déjà roulé dans cette catégorie par le passé. Ils sont pénalisés à chaque relance. » Et en moyenne haute justement, Chiatra - Feo a été cruelle pour Thomas Enghof et Franziska Mohr (Toyota Celica n°326), leaders de la catégorie au départ ce matin. « Nous avons perdu le contrôle de la voiture à deux reprises dans la ZR 8, raconte Franziska Mohr. La première fois à cause des conditions, qui se sont soudain dégradées, la seconde en essayant de rattraper le temps perdu. » Plus de 6 minutes de pénalités, une Celica « quasiment détruite » et une participation incertaine pour la suite : ils cèdent la tête de la Moyenne Haute à Jean Lacassagne et Jean-Géraud Lutran (Lancia Delta Integrale n°319). Le duo a réalisé une journée solide avec de la prise de risques, comme le raconte Jean Lacassagne : « Nous avons roulé aussi vite que possible ! Le début de journée était dur : des virages serrés, une route étroite, difficile de faire de la régulation. Nous nous sommes d'ailleurs fait une frayeur ce matin : j'ai freiné trop fort, et nous avons frôlé de petits murets sur un pont. C'est rapide avec ces conditions, mais moins que les VHC (rires) ».


La journée a tourné court pour Jean-François Nicoules et Jérôme Dupard (Ford Escort RS 2000 n°414), qui s'étaient élancés de Lucciana au 2e rang. 500 mètres après le départ de la ZR 7, une pompe à essence défaillante coupe le moteur de l'Escort. Le temps de basculer sur la pompe de secours et de réamorcer le circuit, 15 secondes se sont envolées, impossibles à rattraper sur les 2 premiers kilomètres, très sinueux. Plus de 30 secondes de pénalités, et une chute au 18e rang. « C'est cuit pour le podium, reconnaît Dupard. L'objectif, maintenant, c'est de revenir dans le top 10. »


Le nom de Nicoules reste pourtant sur le podium. François, le fils de Jean-François, poursuit sa remontée avec Antoine Grouillard (Renault Alpine A110 1600 S n°428). Ils pointent désormais au 3e rang, à 10,8 secondes, toujours en tête de la Moyenne Modérée. En Moyenne Basse, la bataille se joue à 1 seconde : Michel Decremer et Aswin Pyck (Alfa Romeo Giulia TI n°495), 5e au général, devancent Nicolas et Philippe Loens (Morris Cooper S n°487), auteurs de 3 dixièmes seulement dans Chiatra - Feo.


Christophe Baillet (Porsche 911 n°332) : « Il a plu par intermittence et la route est restée très humide, très glissante. Même avec des moyennes réduites, dès qu'un virage se resserrait sous les châtaigniers, ça glissait tout de suite. C'étaient de bonnes conditions pour faire la différence. La voiture a bien fonctionné et mon copilote a fait un super travail. C'est une étape de franchie : on est à peu près à la moitié du rallye, mais 5 secondes, ce n'est rien. On a vu avec la pompe à essence de Jean-François que la mécanique peut lâcher à tout moment. Sur 5 jours, la fiabilité, c'est le nerf de la guerre. Pour l'instant, ça tient… on croise les doigts ! »


Yves Deflandre (Porsche 911 n°330) : « On a retrouvé la 2e place, que l'annulation de la zone d'hier nous avait fait perdre. Par contre, Christophe m'a repris 2 secondes. C'est bien parce qu'on éloigne les autres, mais j'aurais préféré grignoter dans l'autre sens ! La direction de course a baissé les moyennes pour une question de sécurité, ce qui ne m'arrange pas beaucoup, parce que c'est dans la difficulté que je fais la différence. 5 secondes au général, c'est peu et beaucoup à la fois. Mais ce n'est pas fini. »


François Nicoules (Renault Alpine A110 1600 S n°428) : « Les spéciales étaient encore grasses, avec beaucoup d'aiguilles de pin : très difficile d'aller chercher les cordes, il fallait ajuster les trajectoires. Notre objectif, c'est de gagner la Moyenne Modérée et de viser le podium au général. »


Classement général Régularité

  1. Baillet / Piret (Porsche 911 n°332) : 14,3 s

  2. Deflandre / Hugo (Porsche 911 n°330) à 5 s

  3. F. Nicoules / Grouillard (Renault Alpine A110 1600 S n°428) à 10,8 s


Leaders par moyenne

  • Haute : Lacassagne / Lutran (Lancia Delta Integrale n°319)

  • Intermédiaire : Baillet / Piret (Porsche 911 n°332)

  • Modérée : F. Nicoules / Grouillard (Renault Alpine A110 1600 S n°428)

  • Basse : Decremer / Pyck (Alfa Romeo Giulia TI n°495)



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